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L'archive du mois

Le bac à traille

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A l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine 2019, les 21 et 22 septembre, une maquette de l’ancien bac à traille sera présentée au fort de Vancia. Elle a été réalisée par M. Ruescas, d’après les documents conservés aux archives. Profitons de cette occasion pour revenir sur l’histoire de ce moyen de transport original.

Le bac à traille : qu’est-ce que c’est ?

Un bac à traille est une embarcation utilisée pour traverser un cours d’eau. Elle est reliée par un câble à un autre câble tendu entre deux pylônes construits sur chacune des rives du cours d’eau.

C’est un arrêté du 5 octobre 1853 qui autorise la commune de Rillieux à établir un bac à traille, pour se rendre sur les îles du Rhône. L’année suivante, un budget de 4 500 francs est voté pour sa construction.

Le premier bac à traille est construit par Charles Nicolier, constructeur de bateaux à Sault-Brenaz (Ain), principalement en bois de sapin.
Par la suite, le bac à traille est maintes fois réparé et rénové. En 1881 par exemple, Charles Nicolier le reconstruit en bois de sapin et de chêne, pour un montant de 3 200 francs, avec les dimensions suivantes :
- longueur : 14,80 mètres
- largeur au niveau du pont : 6,30 mètres
- largeur à la proue et à la pointe arrière : 3 mètres.

En 1947, la traille est remplacée par deux barges métalliques sur lesquelles est fixé un plateau. Ces bateaux métalliques allemands ont été achetés d’occasion au Génie Militaire et sont originaires de Lavoulte-sur-Rhône.

La dernière traille, en chêne, a fonctionné jusqu’en 1965. Cette année-là en effet, l’accès aux îles de la Pape a été interdit à la population, et le bac à traille est devenu inutile.

Le passage : coût et accidents

Pour utiliser le bac à traille, il faut s’acquitter d’un droit de passage. En 1950, il est de 7 francs par personne étrangère à la commune ; en 1951 il est de 10 francs et gratuit pour les habitants de la commune.

Malgré les réparations fréquentes, le bac à traille et ses passagers n’étaient pas à l’abri d’un accident. En 1859, le drame a été évité de justesse, comme on le découvre dans une délibération du Conseil municipal :

Séance du 23 mai 1859 (cote DD1/5) :
« Indemnité de 23 francs à donner à titre de reconnaissance aux personnes qui ont arrêté le bac de la commune que le Rhône entrainait »

« L’an mil huit cent cinquante neuf et le vingt-deux mai le Conseil étant assemblé sous la présidence de monsieur le maire, monsieur Brosset ayant été nommé secrétaire par les membres présents,
monsieur le maire expose au conseil que dans le courant du présent mois le bac à traille appartenant à la commune pour le service de ses îles du Rhône s’étant détaché, était entrainé par le courant et était exposé à être brisé contre les arches du pont, lorsque les sieurs Voirin et Rivan, s’empressèrent de prévenir ce danger qui se compliquait d’ailleurs de la crainte qu’on avait de voir périr les personnes et les animaux qui se trouvaient dans le bac
monsieur le maire propose au Conseil d’allouer une gratification de dix francs à chacune des personnes ci-dessus nommées qui ont sauvé le bac et de faire rembourser à monsieur Perrier une somme de trois francs qu’il a dépensée pour frais de remonte du bac »

D’autres incidents se produisent : en novembre 1950 par exemple, une crue du Rhône emporte le bateau.

Le pontonnier et sa maison

Au bac à traille était associée la maison du pontonnier. La première a été construite en 1855. Le passeur y est logé gratuitement. Il assure le service du bac du lever au couché du soleil, avec interruption de 12h30 à 13h30. Il maintient en état le bac, les pontons et les accessoires. Le fait d’être pontonnier est une charge soumise à adjudication : les soumissionnaires doivent proposer la somme qu’ils sont prêts à payer à la commune pour exercer cette charge. Le soumissionnaire qui offre la plus forte somme est retenu. Il verse ensuite le fermage annoncé en novembre de chaque année, et est payé par les droits de passage acquittés par les passagers.

En 1928, une crue du Rhône provoque l’écroulement de la maison du pontonnier. Elle est reconstruite en aval, et s’y trouve encore.